24 juin 2015

Delphine – Consultante en Art Contemporain

Par SelfMadeWomen Dans Les interviews

Delphine – 49 ans – Consultante en Art Contemporain – Paris 3ème




Changes de David Bowie.

Delphine, que fais-tu dans la vie ?

C’est une vaste question, ma vie est liée à ce que je suis. Je suis consultante dans le domaine de l’Art Contemporain. C’est très vaste et varié, je suis en profession libérale, j’ai des clients que je conseille sur des aspects très divers dans le domaine de l’art contemporain.

Mes clients sont des entreprises, des particuliers, des institutions. J’ai par exemple été pendant trois ans en mission auprès de la Fondation Louis Vuitton autour de la documentation de leur collection pour ce grand projet de mécénat d’aujourd’hui. Mais je ne peux pas en dire plus, la discrétion est une des valeurs fondamentales de mon métier.

J’ai en parallèle des clients privés pour lesquels j’assure des missions variées. Je les initie à l’art contemporain en tenant compte de leurs désirs, de leur niveau de connaissances initial, de leurs projets éventuels. Je donne par exemple des cours à des groupes constitués de collectionneurs ou d’amateurs sur ce qu’est la création contemporaine depuis la fin de la seconde guerre mondiale. J’articule ces cours soit sur les médiums tel que la peinture, la sculpture, la photographie ou encore la vidéo ou sur des aspects de l’art d’aujourd’hui comme les scènes artistiques extra-européennes en contextualisant les œuvres et les mouvements artistiques au regard de l’histoire de l’art contemporain. Ces cours sont très visuels, je raconte une histoire, j’embarque mon public.

J’ai également des clients particuliers en « one to one » si je puis dire. J’ai par exemple une cliente que j’accompagne dans sa  découverte de l’art contemporain, je l’emmène dans des galeries, des musées, des expositions à Paris où j’explique comment, les œuvres que nous voyons, que nous expérimentons, se rattache à l’histoire de l’art. En parallèle j’explique comment fonctionne le système de l’art avec ses musées, ses conservateurs, ses lieux et ses acteurs. Avec une autre cliente je voyage beaucoup, je l’emmène dans des foires d’art contemporain, des évènements connexes ou des biennales. A travers ces voyages ou ces visites à Paris se noue un dialogue qui permet à ces personnes d’envisager la constitution de sa collection. Je conseille mes clients, en fonction de leur goût personnel, à travers une grille de critères fondés sur ma grande connaissance du marché de l’art.

Es-tu seule ou accompagnée dans cette aventure ?

Je suis à la fois travailleur indépendant depuis quatre ans, je travaille seule au sein de ma structure AS YOU ART et en même temps, depuis sept ans, je suis associée avec mon amie, Muriel Quancard qui vit à New York et qui fait le même métier que moi. Notre structure s’appelle Opus Contemporary Art Insiders. Nous travaillons ensemble à la fois sur du conseil et de la production d’expositions et d’œuvres.

Avec mon associée Muriel Quancard.

Enfant que rêvais-tu de faire ?

J’aurais aimé être actrice et avocate, j’ai un coté un peu show !

Peux-tu me parler de ton parcours, de tes études, ton 1er job…

Je viens d’une famille où la culture a toujours eu beaucoup d’importance, dans laquelle on avait l’habitude d’écouter de la musique, d’aller au spectacle, de regarder des œuvres, de voyager, avec beaucoup de curiosité mais tout cela de manière assez simple. A l’age de 4 ans j’ai visité une exposition au Musée d’art moderne de la ville de Paris qui était autour du «Bauhaus», mouvement moderniste des années 20 en Allemagne. A l’époque j’avais au dessus de mon lit une reproduction d’un tableau de Paul Klee et lors de cette exposition je vois ce tableau et je crie « maman, maman ils ont volé mon tableau ! ». C’est mon 1er souvenir lié à l’art !

Plus tard, à l’adolescence, je voulais être avocate c’était mon truc, mon père m’a beaucoup poussé à faire du droit, et je lui ai fait plaisir en passant mon DEUG de droit. Puis vers 19/20 ans j’ai rencontré mon mari, Thierry, un concarnois, qui était au Beaux-Arts à Versailles, et là j’ai eu une espèce de révélation : ce qui m’intéressait c’était le beau, les choses de l’art, les questionnements autour de l’art. Toutefois, je n’ai jamais été une manuelle. A cette époque je voulais être réalisatrice de cinéma ou faire du montage mais je ne connaissais personne dans ce milieu ! Du coup je me suis orientée vers l’histoire de l’art et je suis rentrée à l’Ecole du Louvre pour un cursus de trois ans.

Mon premier job c’était à 12 ans ½, j’étais la baby-sitter des voisins du dessus et à 13 ½ vendeuse de glaces et de beignets sur la plage lors de mes vacances chez mes grand parents à Concarneau. Par la suite j’ai été standardiste et assistante dans l’entreprise de ma mère. A 24 ans, c’est mon premier vrai job : j’étais l’assistante d’un peintre sculpteur américain, George Condo. J’administrais son atelier parisien. Puis je suis retournée dans la galerie Daniel Templon à Paris où j’avais été en stage. Ensuite retour six mois chez le peintre sculpteur cette fois à New York avec Thierry et Justine (ma fille aînée) qui était bébé, suivi d’un retour en France avec un petit passage par la Bretagne avant de retrouver Paris où j’ai retravaillé avec Daniel Templon.

Puis j’ai pris le poste de directrice dans une autre galerie, la galerie Laage-Salomon à Paris et suite à sa fermeture programmée, je me suis retrouvée au chômage. J’ai alors eu la chance d’être mise en contact par une amie avec un producteur-réalisateur pour une chaîne de télé qui cherchait une personne pour préparer et réaliser des entretiens avec des artistes contemporains pour une série documentaire. J’ai donc réaliser, pendant près de 4 ans, des portraits d’artistes, une centaine environ. C’était passionnant et j’ai appris à travailler l’outil audiovisuel, à faire du montage. Puis je suis retournée chez un galeriste, Baudoin Lebon, au poste de directrice pour restructurer la galerie et sa programmation. Grâce à lui j’ai beaucoup voyagé aux Emirats, en Corée…, et j’ai managé une équipe.

En parallèle, avec Muriel Quancard, nous avons créé Opus. A coté avec l’appui d’une amie de l’Ecole du Louvre qui dirige La Maison Rouge (Fondation Antoine de Galbert à Paris), j’ai imaginé avec Katia Raymondaud des cours pour les Amis de la Maison Rouge, Culture Collection®,  destinés à des collectionneurs existants ou en devenir. Ces cours avaient pour objet de découvrir ou approfondir l’histoire de l’art contemporain et d’expliquer les rouages du marché.

Lors de ces cours j’ai rencontré un couple amateur d’art, Sandra et Amaury Mulliez, avec qui il y a eu un vrai coup de foudre amical. Sandra avait le désir d’aller plus loin que la simple collection. Elle voulait aider les artistes contemporains. Elle avait envie de créer une fondation. Je les ai donc accompagnés dans la création de SAM Art Projects. J’ai dirigé la structure qui accueillait des artistes de pays émergents et produit pour eux des expositions dans des institutions internationales comme le Palais de Tokyo à Paris ou Le Louvre. C’était formidable ! Mais j’ai rapidement pris conscience que ce qui m’intéressait, c’était d’initier les choses, de les mettre en place et de les faire fonctionner… et de passer la main ! A 45 ans je quitte donc la fondation avec cette envie de liberté et je me lance alors dans l’auto-entreprenariat avec AS YOU ART.

Quel a été le déclic pour te lancer ? As-tu été soutenu par ton entourage ?

Le besoin de liberté, la maturité qui m’a permis de prendre conscience de ce que je souhaitais : initier et mettre en place des projets divers et variés.

Oui mon mari, mes filles, mes parents m’ont toujours soutenue. Ma mère particulièrement : elle encourage, elle positive, elle croit en moi, c’est un soutien inconditionnel. Le réseau aussi est très important, réseau amical et professionnel tissé au fil du temps et des expériences et fondé sur les affinités électives.

Quels sont pour toi les avantages d’être à son compte ?

La liberté, être libre de faire ce que l’on veut, avec qui tu veux, comme tu veux et sur le mode que tu veux, le seul cadre c’est de gagner sa vie, c’est la seule contrainte. Etre auto-entrepreneur c’est formidable car tu peux le faire tant que tu ne gagnes pas trop d’argent c’est un bon moyen de se lancer. Même si le changement de statut vers celui de travailleur indépendant est périlleux car tu manques d’informations et de visibilité… Je pense que l’on est beaucoup plus productif et généreux lorsque l’on a moins d’entrave.

Quelle est ton actualité ?

Actuellement je travaille avec une nouvelle cliente qui a plusieurs collections dont des œuvres américaines et avec Muriel, à travers Opus, nous allons accompagner cette cliente pour inventorier, documenter, estimer ses collections avec pour objectif la revente éventuelle d’œuvres.

Mon prochain voyage est prévu en juin pour Art Basel, LA grande foire d’art contemporain internationale où les meilleures galeries proposent à la vente les œuvres d’artistes, confirmés et émergents, de grande qualité. Les collectionneurs du monde entier se retrouvent pour vivre leur passion, échanger et manger des saucisses suisses au cœur de la foire. J’y retrouve mon associée Muriel, je suis heureuse de partager ce temps professionnel important avec elle, à la recherche de nouveaux clients et à la découverte de nouveaux artistes.

 En parallèle j’ai plusieurs voyages prévus avec ma cliente que j’accompagne dans la découverte de l’art contemporain, à Los Angeles, Dubaï et Sharjah, Zagreb, Pékin …

Actuellement qu’est ce qui te plait le plus dans ton job ?

Les rencontres et les voyages, oui, rencontrer des gens nouveaux, des acteurs du monde de l’art : artistes, galeristes, curateurs, collectionneurs, …

Peux tu me décrire une journée type ?

Pas de journée type, surtout pas !

Comment trouves-tu le bon équilibre entre vie professionnelle, vie personnelle et familiale ?

MON TRAVAIL ET MA VIE SONT INDISSOCIABLES, la vie c’est un tout. C’est un grand melting-pot qui est parfois compliqué, surtout quand mes filles étaient petites, époque où il fallait tout faire en même temps. De nature optimiste, j’ai toujours su rebondir et j’ai toujours pu m’appuyer sur mes parents qui sont très présents. Aujourd’hui j’essaye généralement de me ménager le dimanche. C’est en général une journée où je ne fais pas grand-chose, je lis, je regarde des films, … Je suis également attachée au déjeuner en famille, mais vers 14h avec les filles, mes parents viennent également de temps en temps, des amis. Je mesure aujourd’hui la nécessité d’avoir quelques rituels familiaux, c’est absolument nécessaire mais sans rigidité, en conservant une part d’impromptu.

Est-ce que tu déconnectes facilement ? Et comment gères tu le stress si tu en as ?

Je suis une grande angoissée mais depuis que je suis indépendante j’ai beaucoup moins d’angoisses, si ce n’est celle de gagner ma vie, la peur de ne pas avoir de boulot. Je somatise moins, je suis plus dans le réel. Je vais chez le psy régulièrement, 5/6 fois par an, je trouve que c’est une hygiène de vie : comme on soigne sa santé physique, on doit soigner sa santé psychique. J’aime l’idée d’avoir quelqu’un d’extrêmement neutre auprès de qui tu peux vider ton sac, poser tes valises, quelqu’un qui ne te juge pas, qui te donne des conseils, qui te rappelle au bon sens que tu n’es pas capable d’avoir parce que tu es un peu noyée dans tes questionnements, je trouve cela extrêmement sain. Ça fait partie de mon hygiène de vie.

Quel est le meilleur conseil que l’on t’ait donné ?

Bernard Blistène, un de mes professeurs à l’Ecole du Louvre, aujourd’hui directeur du Musée d’art moderne – Centre Georges Pompidou, nous a dit : « vous allez commencer par oublier tout ce que vous savez, on vous a toujours dit que la curiosité était un vilain défaut, oubliez : c’est formidable d’être curieux ! »

Et celui que tu donnerais?

Sois toi-même, sois ce que tu es vraiment et non ce que les autres projettent en toi.

On est ce que l’on est à 20 ans, à 30 ans, à 40 ans, à 50… il faut être en phase avec qui l’on est. C’est vrai que l’on est plus angoissée à 30 ans quand on est une jeune mère qui travaille qu’à bientôt 50 ans. Franchement en mûrissant, en accumulant les expériences, négatives ou positives, tu réalises que c’est bon de vivre.

Quels sont tes projets / tes rêves ?

C’est de donner, d’être la plus généreuse possible, de pouvoir transmettre cela me paraît important. Aujourd’hui mon objectif c’est de gagner correctement ma vie, que mes filles soient épanouies dans leur vie et de pouvoir aider des populations plus défavorisées, moins cultivées, moins éduquées. L’éducation et la culture sont primordiales pour moi. Dans la première partie de ta vie tu acquières des compétences et dans la seconde tu les transmets.

Et mon rêve ultime : faire un long métrage !

Et dans 10 ans où te vois-tu ?

Aucune idée…Partager, transmettre, décélérer, me rapprocher un peu plus de la nature c’est quelque chose qui commence à naître en moi, passer plus de temps à la campagne et en Bretagne.

Aurais-tu pu faire un autre métier ?

Plombier je crois… Dire je ne suis pas ci pas ça, se mettre des barrières ce n’est jamais bon. Je pense que l’être humain a des ressources incroyables et que c’est bon que le confort soit bousculé de temps en temps pour aller plus loin.

Coté Déco 

Peinture de Thierry.

Comment as-tu découvert cet appartement ?

J’ai eu beaucoup de chance, en 1985 à une époque où Paris n’était pas aussi inabordable qu’aujourd’hui, mes parents m’ont offert cette partie de l’appartement (aujourd’hui la pièce de vie, la cuisine et la salle de bains) qui était un grand studio. Thierry a loué la chambre au dessus qui est la chambre actuelle de Justine pendant un an puis Thierry l’a achetée en 1991. En 1994, en revenant de New York, nous avons acheté ensemble la chambre d’à coté, puis nous avons vécu pendant très longtemps dans ce tout petit univers tous les 4. Enfin, il y a cinq ans nous avons loué l’appartement d’à coté qui nous a permis d’aérer notre vie.

As tu réalisé toi même les travaux et la décoration ?

Oui avec Thierry et il y a quatre ans, j’ai mené à bien les travaux dans cette partie de l’appartement. Il n’y avait pas de vraie salle de bain, nous avons eu les wc sur le palier pendant vingt-cinq ans. J’ai supervisé tous ces travaux : création de la salle de bain, des rangements, mise en place d’un plancher à la place de la moquette violette, décoffrage des poutres… aidé par un entrepreneur général .On a tiré partie au maximum de ce petit espace.

As tu encore des projets pour cet endroit ?

Oui mettre un pan de papier peint Farrow&Ball coté salon, changer d’escalier, mettre un miroir pour agrandir un peu notre pièce de vie et acheter l’appartement que nous louons à côté.

Quelle est ta pièce favorite ?

Ici (nous sommes dans la pièce de vie). Le bas, la racine j’ai besoin d’être ancrée solidement pour mener les projets à termes et rêver.

Tes adresses déco ?

Farrow&Ball pour les papiers peints et peinture, le BHV évidemment, le marché Saint-Pierre pour les tissus, Muji, Habitat et Ikéa, et puis des trouvailles dans les brocantes, dans les petites boutiques comme Bensimon Home. J’aime le mélange des styles, des époques. J’aime les intérieurs qui ont de la personnalité tout en étant assez épuré.

Un coup de cœur, une envie ?

Changer de canapé. En trouver un plus léger, plus élégant. J’attends un peu que Rebecca, 15 ans, grandisse encore un peu pour passer à une couleur claire.

Les Confidences

Ta playlist du moment :

Jane Birkin, les Clash, David Bowie et puis ce que mes filles me font découvrir comme Fauve ou cette chanson que j’adore « Lemon Tree » de Fool’s Garden.

Un livre :

L’étranger de Camus.

Une chanson :

Changes de David Bowie (à écouter au début de l’interview ↑).

Un film :

The Servant de Joseph Losey. Et Mort à Venise de Visconti: les deux avec l’acteur anglais Dirk Bogarde.

Un restaurant :

Lucien la chance – rue des Dames dans le 17éme.

Une devise :

« Ce qui ne te tue pas te rend plus fort. »

Ton dernier fou rire :

Une vidéo Nordique sur Facebook.

Tes petits bonheurs quotidiens :

Un café dans un bistrot, comme un mec, seule au comptoir; Fumer une cigarette en terrasse quand il fait beau; Faire mon marché le dimanche pour trois fois rien, humer la ville en détente; Aider quelqu’un dans la rue, parler avec quelqu’un dans un commerce; Boire un verre de vin dans la douceur d’un soir d’été, au Sables Blancs à Concarneau.

Prochaine destination vacances :

Ma maison du Lot, le Cap-Ferret, Landunvez et… Concarneau pour un été bien rempli.

Et prochaine destination rêvée :

Naoshima sur la mer intérieure du Japon.

Une recette de famille ou un plat inratable que tu veux bien partager avec nous :

Le Gratin Dauphinois (la recette à retrouver ici).

Opus Contemporary Art Insiders

AS YOU ART

Crédit photos SelfMadeWomen et transmises par Delphine.

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